Silhouette mince, visage de Pierrot triste et pour tout dire physique assez insignifiant, Pierre Desproges va pourtant devenir un monument du PCF, le Paysage Comique Français.
Il fait son service militaire où il finira en Algérie dont il garde un souvenir épouvantable et quand il est enfin libéré de ses obligations, il lui faut trouver du boulot. Ce fils d'instituteur a raté son bac et il cherche sa voie.
Commercial sans passion excessive, il entre finalement au journal L'Aurore où son humour caustique déplait à son chef. Transféré à Paris Turf, il revient à l'Aurore et exerce son humour caustique à la rubrique des "chats écrasés" où il se fait une fan, Françoise Sagan.
C'est l'audiovisuel qui révèlera ce sniper de l'humour.
"On peut rire de tout mais pas avec tout le monde"
Il fait sa première apparition télévisuelle dans l'émission dominicale de Jacques Martin sur TF1, Le Petit Rapporteur où il marque le public par son humour grinçant et pince sans rire. Le duo déjanté qu'il forme avec Daniel Prévost ou l'interview complètement lunaire de Françoise Sagan feront date dans l'histoire de la télé. Il devient populaire, peut-être un peu trop pour Jacques Martin dont la modestie n'est pas la qualité la plus reconnue ; quand Desproges découvre que ses scènes sont quasi systématiquement coupées, il quitte l'émission.
Mais il est lancé.
Il sera procureur au vitriol sur France Inter au Tribunal des flagrants délires, il sera le professeur Corbiniou de L'Îles aux enfants pour "les abêtir davantage", chroniqueur de la rubrique "Les étrangers sont nuls" chez Charlie Hebdo tout en campant un professeur d'absurde dans La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède sur FR3.
"Moi, j'ai pas de cancer, j'en n'aurai jamais, je suis contre."
Fumeur invétéré, Desproges est mort le 18 avril 1988 d'un cancer du poumon qu'il ignorait.
Desproges sur scène
S'il a déjà fait de la scène à partir de 1975, ce fut dans le cadre de partenariats.
Il se lance enfin dans le one man show avec l'aide de Guy Bedos qui lui vouera toujours amitié et admiration.
On blaguait beaucoup. On se critiquait aussi, ... mais toujours tendrement ..et je peux dire sans mentir, qu'il est peu de jours où je ne pense à lui , où je ne me dis pas qu'il me manque
Si Guy Bedos et plus tard Coluche tiraient au bazooka, Desproges choisit le fusil de sniper à silencieux.
Ses cibles sont "les imbéciles" de tous bords qu'il dénonce avec un humour noir et un cynisme qui en irriteront plus d'un.
Jeu de scène minimaliste, la mine tantôt malicieuse tantôt accablée, ses textes littéraires et travaillés comme de la dentelle de Calais font mouche quelle que soit la cible.
Le sketch que j'ai sélectionné revient avec une actualité brûlante, dénonçant le racisme ordinaire que l'on pensait éradiqué sous l'effet de la culture partagée et d'une intelligence accrue. Mon cul !
Il se répand à nouveau telle une flaque nauséabonde, Golem immonde au service d'idéologies puantes qui veulent assoir leur pouvoir auprès des masses complexées en quête d'une suprématie qu'elles n'auront jamais.
La parole à nouveau "libérée" s'exprime à nouveau dans la rue, sur la Toile où reviennent les mots ratons, bougnoule, singe, macaque et jusqu'à certain président mettant en scène un autre ancien président et son épouse sous les traits de chimpanzés et orang-outang.
Desproges, reviens ! Ils sont devenus fous.




j adorais ce personnage... merci la belle... gros bisous
RépondreSupprimerMoi aussi ! Il appuyait où ça fait mal. Pour être franche, j'aime sa cruauté qui cache la désillusion.
SupprimerGros smacks
Je n'ai jamais ete "fan" de ce Monsieur , à tort sans doute ...
RépondreSupprimerMerci pour ta page qui permet de mieux comprendre cet artiste
Bises
Bonjour Claudine
SupprimerÇa peut se comprendre car il un humour assez particulier qui peut dérouter.
J'avais comparé Devos à Magritte ; Desproges me fait penser aux portraits de Bernard Buffet, traits anguleux et sombres, presque des caricatures.
Mais les deux hommes ont en commun la maestria des mots, ciselés et percutants.
Bizouilles
Je l'adore ! ... merci Pixelie ... "un jour j'irai vivre en théorie, car en théorie tout se passe bien ..."
RépondreSupprimerbisous, bisous
Coucou !
SupprimerC'est beau la théorie... Là bas comme ici "Quand les individus se multiplient, les intelligences se divisent."... Étonnant, non ? 😃
Bizoux
Coucou à toi,
RépondreSupprimerQuel talent cet artiste, ils vaquaient au même trou, hi, hi...Il n'y a que lui pour dire ça.
Sur cet échange de bon procédé, plein de bisous.
Coucou,
RépondreSupprimerJ'ai toujours mon "Manuel du savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis" offert par un ami, il y a bien longtemps, alors que j'étais sur un lit d'hôpital après une opération. Heureusement cela ne concernait pas la région abdominale sinon j'aurais sans doute eu une éventration... !
Bisous
Hello You
SupprimerJe n'ai jamais lu ses ouvrages, assurément une lacune.
Je pense que son humour n'est pas forcément à la portée de tout le monde, les "rustres" y seraient forcément imperméables. Décrire le vulgaire avec élégance n'est pas donné à tout le monde.
Bisous