Hem ! J'ai dû me gourer quelque part, c'est pas possible autrement !
Saperlipopette ! J'ai beau retourner ça dans tous les sens, j'ai toujours le même résultat : 63.
Ce que je retiens c'est que les années passent à une vitesse folle et que ça fait un bail que ma jeunesse est très loin derrière moi !
Pourtant, au détour d'une chanson, on a l'étrange sensation que le temps a suspendu son vol pour nous replonger soixante-trois ans en arrière quand enfant ou ado pour d'autres, on chantait à tue-tête :
She loves you yeah yeah yeah ♪♫
She loves you, le premier grand tube des Beatles
En 1963 la jeunesse surfe sur la vague yéyé tandis qu'outre Manche se prépare une déferlante musicale, la pop rock, provoquée par quatre garçons "dans le vent", les Beatles.
Bien qu'ils jouissent déjà d'une popularité locale qui met les ados en transe, les Beatles sont encore inconnus dans le monde. La journée du 26 juin 1963 va tout changer et faire basculer le destin des quatre jeunes Anglais.
48 heures pour un succès éternel
Dans le bus qui les emmène à Newcastle où les Beatles vont donner leur deuxième concert au Majestic Ballroom, une idée de chanson germe dans la tête des deux leaders, John Lennon et Paul McCartney,
De retour dans leur chambre d'hôtel, les deux musiciens finalisent leur projet, avec un concept assez original dans le registre du rock de l'époque.
Pour les paroles, Paul et John s'inspirent de la chanson de Bobby Rydell, Forget Him, sortie en 1958, où un garçon largué par sa petite amie l'implore de revenir à la maison et lui explique que son nouvel amoureux n'en a rien faire d'elle, qu'il va la faire souffrir et qu'il est inutile de pleurer pour un mec pareil (hou ! le mauvais joueur !). Je vous la mets pour le plaisir.
Les deux compositeurs prennent le contrepied en s'adressant à un tiers - peut-être Bobby Rydell ? - en lui expliquant que non, tout n'est pas perdu, elle t'aime mais tu lui en as fait baver alors va t'excuser car "avec un amour comme ça, tu devrais être content".
C'est la première originalité de ce titre alors que d'habitude les chansons d'amour s'adressent directement à l'être aimé.
La deuxième originalité est inspirée par la pratique des répons fréquemment utilisés dans le gospel : ici le soliste chante une phrase à laquelle le chœur répond.
Quant au fameux "yeah yeah yeah", répété pas moins de 29 fois, il aurait été inspiré par Jim McCartney qui aurait suggéré à son fiston de ponctuer l'affirmation du refrain par un triple "yes", si on en croit le biographe des Beatles, Steve Turner (source Wikipédia).
NOTA : on peut lire sur certains sites que cette répétition dans la chanson serait à l'origine du mot "yéyé".
Si effectivement ce mot vient bien de la répétition de ce néologisme anglo-saxon, l'apparition du mot "yéyé" est antérieur à la sortie de She Loves You. Sa première occurrence figure dans un article publié par le journal Le Monde, écrit par le sociologue Edouard Morin au lendemain d'un grand rassemblement de 200 000 jeunes venus fêter le premier anniversaire du mag "Salut les Copains" le 12 juin 1963, soit deux mois avant la sortie du disque.
Un enregistrement sous tension
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| Entrée des studios EMI 1963 |
Quatre jours après avoir mis le point final à ce titre, les Beatles entrent en studio le 1er juillet 1963 et ce sera sportif !
L'information a fuité et quand les Beatles arrivent au studio EMI, une foule d'adolescentes surexcitées les attend de pied ferme devant le 3 Abbey Road.
Les donzelles, déchaînées, forcent le barrage de police et déboulent dans les couloirs. L'une d'elles arrivera même à déjouer la sécurité et se jettera sur le malheureux Ringo Starr avant d'être jetée au sol et évacuer manu militari. Finalement la sécurité et la police évacuent ces demoiselles sans ménagement.
C'est littéralement barricadés dans le studio que la session d'enregistrement peut enfin commencer.
Pendant cette mêlée générale, Norman Smith, l'ingé son, installe le matériel et en profite pour lire les paroles posées sur un des pupitres et on ne peut pas dire qu'il soit emballé !
J’étais en train d’installer les micros, quand j’ai vu les paroles sur un pupitre. Un regard rapide vers "she loves you yeah yeah yeah, she loves you yeah yeah yeah yeah" pour me dire "oh mon dieu quelles paroles ! Je ne vais pas aimer ce titre !".
Mais quand ils ont commencé à la jouer, bang, wow, terrible, j’étais devant la table de mixage et je sautais dans tous les sens !
Aguerris par une solide expérience du live, les quatre garçons pas encore totalement dans le vent n'ont besoin que de quelques prises pour mettre la chanson en boîte.
Le personnel technique présent sait déjà que ce sera un succès, même si leur directeur artistique George Martin émet quelques réticences, trouvant le morceau trop jazz.
Et la Beatlemania déferla sur le monde
Le 16 juillet la chanson est enregistrée dans le studio de la BBC pour être diffusée lors de l'émission "Pop Go the Beatles" les 13 et 20 août.
La formule de l'émission est simple : un invité ou un groupe se produit en première partie et en deuxième partie les Beatles se livrent au jeu du talk show et interprètent cinq ou six chansons, dont certaines en avant-première comme She Loves You.
Alors que la BBC n'avait prévu que quatre émissions, le succès sera tel que finalement quinze émissions d'environ 1h30 seront diffusées entre le 4 juin et le 24 septembre 1963, offrant aux Beatles une promotion auprès d'environ 2,8 millions d'auditeurs.
Le single sort le 23 août en Grande Bretagne et le succès est retentissant.
C'est le 4ème 45 tours des Beatles mais ce sera le premier à atteindre le sommet des hits parades anglais à partir du 12 septembre et restera à la première place pendant 4 semaines, pour revenir le 28 novembre pendant 2 semaines avant d'être détrôné par I Want to Hold your Hand... des Beatles.
Au total la chanson restera 31 semaines dans les hits dont 18 dans le top 3.
C'est aussi la meilleure vente de 1963 et la meilleure vente de 45 tours pendant 14 ans, battu en 1977 par... Paul McCartney et son Mull of Kintyre mais cette fois avec les Wings.
A la conquête de l'Amérique
Face à ce succès phénoménal, George Martin traverse l'Atlantique et lance les Beatles à la conquête de l'Amérique.
Il prend contact avec deux labels indépendants et le label Swan Records accepte de diffuser la chanson non sans prendre une option d'exclusivité sur les futures chansons si 50 000 disques sont vendus dans les quatre premiers mois. Mais faire la promo d'un produit auquel on ne croit pas, c'est l'échec assuré.
Alors que Capitol Records US avait rejeté l'offre de George Martin, c'est Capitol Records Canada qui prend la main. Dès le mois de décembre, She Loves You prend la tête du hit d'une station locale de Toronto. C'est une première pour les Beatles.
Le 3 janvier 1964 sera une date décisive pour eux. Cette fois c'est leur manager Brian Epstein qui est à la manœuvre.
Pour leur deuxième apparition à la télé américaine, le Jack Paar Show, sur la chaîne NBC, diffuse la prestation des Beatles à la BBC où ils interprètent She Loves You.
Ce n'est pas encore le triomphe mais les garçons de Liverpool viennent d'en entrouvrir la porte.
En effet, la branche états-unienne de Capitol Records change d'avis tandis que Swan Records se réveille, sans succès vu leur manque d'implication.
Capitol publie I want to hold your hand qui devient un tube ce qui leur ouvre les portes du plus prestigieux show TV américain, le Ed Sullivan Show suivi par 70 millions de téléspectateurs et qui à l'époque est aux artistes l'équivalent de Youtube pour percer.
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| Ed Sullivan et les Beatles 09 février 1964 |
Et pour ce qui est de percer, les Beatles vont en fait tout défoncer !
Un premier passage, en direct cette fois, fait décoller la chanson... et les minettes.
La Beatlemania vient de naître et elle mettra peu de temps à s'amplifier comme en témoigne ce deuxième passage une semaine plus tard, toujours au Ed Sullivan Show, enregistré le 16 février 1964 à Miami Beach.
Le 21 mars 1964 She Loves You est n°1 aux États-Unis, accompagnée fin mars/début avril de quatre autres titres des Beatles qui occupent ainsi le Top 5. Elle restera 15 semaines dans les charts US.
Le single détient le record des meilleures ventes de ce format au Royaume Uni et outre-Atlantique.
Un succès, des reprises
Pour conclure cette petite rétrospective, voici une petite compilation internationale de reprises de She Loves You dans des styles très différents.
En mode cartoon avec les Chipmunks, petits personnages facétieux de dessin animé des 60's, en mode reggae venues du Canada avec les Sattalites, ou encore en yéyé sauce française avec Les Chats Sauvages, en mode rumba avec Los Lachos, ce titre en a inspiré plus d'un.
Musicalement étonnantes, les reprises par l'orchestre du grand Count Basie en mode jazz et celle en mode romance brésilienne de Rita Lee valent le détour.






Coucou ma belle
RépondreSupprimerTu vas bien ? On parle pas du temps, c'est moche
Alors, j'écoute les Beatles que j'adore.
Oui, cela ne nous rajeunit pas, mais on aime trop
Bon dimanche, je chante
bisous
Elyci
J'avais 13 ans et c'est le premier vinyle qui m'a ete offert au grand dam de mon père qui ne voulait pas entendre de disque !!!
RépondreSupprimerMerci pour cette retrospective
Bonne journée à toi
Bises
superbe j ai pris un grand coup de jeune... et c est pas de trop hein ? gros bisous
RépondreSupprimerMais non mais non ! Au contraire, on n'en prend jamais trop !
SupprimerNous, nous prenons de l'âge mais nous ne vieillissons pas !
Coucou Pixelie,
RépondreSupprimerMerci de nous avoir fait découvrir la grande histoire d'une chanson, mais non d'un tube c'est mieux.
J'aime beaucoup la chanson de Bobby Rydell " Forget him " et je me suis empressé de la télécharger.
Elle fera peut-être un jour l'objet d'un post chez moi mais pas avant l'année prochaine. Si tu savais j'ai plein de post en brouillon qui attendent, mais ils sont très patients tu sais, hi, hi...
Si tu passes j'ai une belle chanson d'hiver très agréable par SIA, mais tu dois connaitre.
Gros bisous. Jean
Bonjour Pixelie, ton texte est une merveille de mémoire sensible, où l’histoire se mêle au frisson intime du souvenir, tu fais danser les chiffres avec le temps, et soudain 63 devient une chanson éternelle, on entend battre le cœur de la jeunesse dans chaque yeah yeah yeah, intact, vibrant, ta plume éclaire les coulisses du mythe sans jamais en briser la magie, c’est à la fois érudit, vivant et profondément nostalgique, un hommage juste et lumineux à la musique qui ne vieillit jamais, bon après midi, Régis.
RépondreSupprimer"Qu'en termes galants ces choses là sont mises" comme l'aurait écrit un certain Molière 😁
SupprimerTu es un lettré là où je ne suis que rimaillon de rue à la poésie rustique.
Pour être honnête l'académisme m'emmerde, je le laisse aux "sachants" qui désensibilisent tout à force de se vouloir doctes.
Alors si au détour de mes billets coups de cœur ou de gueule une musique résonne en ton cœur, tant mieux !
Bon week-end
Bonjour,
RépondreSupprimermerci de cette page aux scarabées dediées
j'aime bien , c est un groupe culte anglais des années 60 70,
tout comme les Pierres Qui Roulent (LOL)
j'ai leurs compilations 2 disques en rouge et bleu de l'epoque
en vinyle (et en cds rachetées plus tard LOL)
merci de cette selection du titre SHE LOVES YOU
ma preferee des reprises est celle de Rita Lee, puis celle de Stan Webb
j'ai une preference pour les versions lentes plus soul, cool en cette reprise
Je passe en ce vendredi
Sur les blogs des amis
Pour à tous vous souhaiter
Un bon weekend toutes ces journées
Bonjour Pixelie, oh ! le régal même si " She Loves You" n'est pas mon titre favori des Beatles.Ce fut leur porte porte d'entrée vers la gloire donc , fabuleux parcours tout de même.
RépondreSupprimerCoucou !
SupprimerA ce stade ce n'est plus une porte d'entrée mais une porte cochère !
Le fait eue "She loves you" est plutôt... gnangnan mais en se replaçant dans le contexte, faut voir.
Personnellement, je pense qu'un bon marketing est un bon début 😁
Hello,
RépondreSupprimerJe quitte brièvement mon évanescence pour constater et tenter de réparer ce qui me semble être une anomalie, à savoir l'absence de commentaire sur un article relatant une partie de l'épopée d'un groupe légendaire. J'ai vécu cette décennie de Beatlemania en teenager et quand j'entends les premières notes d'Hey jude", "Yesterday", "Help" ou "She loves you", je me revoie au collège, dans les auto-tamponneuses ou jouant au foot dans le terrain vague près de la barre HLM. Une période de tendre et joyeuse insouciance... presque comme aujourd'hui...
Devenu intermittent du blog, je n'oublie pas pour autant mes ami-e-s du réseau. Parmi toutes les chansons que j'aime, il y en a une qui me tient à cœur..."fidèle, fidèle, je suis resté fidèle..."
Bisous
Ah bah ... Mamma mia ! En fait, il y avait des commentaires ... Effet validation... je me revois quand même !
SupprimerBisous
Eh oui ! Effet validation après un long décrochage... 😞
SupprimerÉtonnamment je n'ai pas été touchée par la Biteulmagna et aujourd'hui encore les Beatles me laissent plutôt indifférente hormis le syndrome de la fameuse petite madeleine.
Ah ouiiiii ! Les fêtes foraines ! J'avais oublié ! Oh ben tiens ! Tu m'donnes une idée !
"Et surtout, ne m'oublie pas ah ah !"
Dès que je suis à jour, j'arriiiive !
Bises