C'est le miracle du marketing !
Il y a ceux qui vendent de la daube mais qui sont persuadés qu'ils sont dignes du prix Charles Gros et il y a ceux qui savent qu'ils font de la daube mais qui tentent de faire croire le contraire.
Et il y a les trublions de service qui vous disent :
"Je vais faire de la merde mais vous êtes tellement cons que je parie que vous en ferez un succès".
Lagaf' : siphonné mais pas fou !
Nous sommes en 1989, le "bouquet" télé tiendrait presque dans un soliflore et la télé publique a encore le vent en poupe.
Sur France 3 une émission cartonne avant les actus et le fameux "prime time". C'est La Classe, émission animée par Fabrice, le monsieur de la célèbre "valise RTL". Dans un décor de classe aux couleurs vives, des comiques débutants et d'autres plus connus, montent sur l'estrade pour faire rire les Français.
Parmi les débutants, un certain Vincent Lagaf' s'attire rapidement la sympathie du public, aux côtés d'un autre comique qui monte, Jean-Marie Bigard.
Pitre facétieux aux mimiques et aux looks improbables, Lagaf' va séduire par son comique parfois incisif mais jamais graveleux, ce qui propulsera cet ancien G.O. du Club Méd au club plus fermé des animateurs préférés des Français.
Lagaf' se permet à peu près tout sauf la vulgarité, comme il le confie à Léa Salamé dans l'émission "Quelle drôle d'époque" en 2023.
Je n'avais aucun sens du ridicule donc je me permettais absolument tout. Je me foutais totalement de ce qu'on pouvait penser [...]
Bo le Lavabo, de la blague au Top 50
A cette époque le disco s'essouffle tandis que la house et l'euro dance (parait que c'est pas pareil) font chauffer les dance floors.
Aux États Unis un titre met le feu dans les clubs, French Kiss de Lil' Louis. Gémissements et clip explicites, propulsent le titre à la première place des hits dance aux USA et en Europe.
Lagaf' va sampler ce titre pour mitonner un sketch en mode "foutage de gueule", sketch qu'il présente sur l'estrade de La Classe en 1989 à la grande joie de ses petits camarades et des fidèles de l'émission.
"Je f'rai Top 50" chante-t-il, et l'idée fait son chemin comme un pari fou.
La prophétie de Lagaf' se réalise
Même si ça a fait marrer dans chaumières, le pari de Lagaf' est somme toute risqué.
Sortir un disque est moins facile que faire le guignol dans une émission mais le jeune comédien décide d'aller jusqu'au bout de son pari.
Pour ça, il faut de l'argent or, il n'en n'a pas.
Il lui faut 40 000 Frs pour réaliser son projet.Toujours au micro de Léa Salamé, il explique sa visite au Crédit Lyonnais, la banque dont le slogan est "le pouvoir de dire oui" sauf qu'on lui "non" en se foutant ouvertement de lui. Il traverse le boulevard Victor Hugo pour tenter sa chance au Crédit Agricole juste en face.
Je rencontre Jean-Claude Duc qui me dit : "Vous avez des garanties ?" "J'ai une Coccinelle dehors. C'est tout ce que j'ai. Sinon j'habite sur le canapé de ma grand-mère donc niveau garanties..." Mais le banquier le reconnait de l'émission "La Classe", et il va lui faire une proposition pas ordinaire : "Je peux pas vous prêter de l'argent car vous n'avez pas de garantie, mais je crois en votre projet, je vous prête moi 40.000 francs" (propos rapportés par Julien Goncalves pour Pure Charts)
Le disque sort en mars 1990... et c'est un véritable carton ! Non seulement Bo le lavabo (WC Kiss) entre au Top 50 et il caracolera en tête pendant plusieurs semaines et restera classé pendant 28 semaines ! Il s'en vendra 440 000 exemplaires à sa sortie puis plus d'un million d'exemplaires dont une version interdite d'antenne que je vous livre ici, et c'est un jeu de massacre !
Quand il reçoit son premier chèque qu'il qualifie lui-même "d'énorme", Lagaf' appelle la SACEM, pensant à une erreur. On lui répond que non seulement ce n'est pas une erreur mais qu'en fait ce n'est - à ce moment là - que le cinquième de ce qu'il va toucher.
Devinez quoi ?
Lagaf' n'a pas oublié l'affront du responsable du Crédit Lyonnais et il retourne à l'agence pour lui agiter le chèque sous le nez. Un coup à vous faire passer une promotion sous le nez.
Quant à Jean-Claude Duc, il sera remboursé mais il sera le chargé d'affaires de Lagaf' jusqu'à sa mort.C
Certains parleront d'arnaque, pour ma part je dis que c'est un coup de maître !
En un titre Lagaf' met en évidence les travers de l'industrie musicale d'une part et notre manque de discernement d'autre part ou tout au moins une sorte de complicité mercantile qui permet aux chèvres de se prendre pour des chanteurs !
Bien joué l'artiste !




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